Le 23 octobre 2026 à Trappes, Kevin Tessier, âgé de 39 ans, ouvre le feu à plusieurs reprises sur des passants avec un pistolet-mitrailleur, tuant Pengo Bossio Wangi âgé de 26 ans et blessant cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans.
Dans le contexte actuel de crise profonde du système, ce genre d’attaques racistes se multiplient et ce n’est pas un hasard. A peine un an auparavant, le meurtre d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard avait alarmé la population sur ce sujet et depuis 2017, le ministère de justice a ouvert une vingtaine de procédures liées au terrorisme d’extrême droite.
Sous couvert de « ni de gauche, ni de droite », les gouvernements de Macron, représentants des intérêts capitalistes, ont attisé les idées d’extrême-droite pour protéger le système contre la colère qui pourrait se cristalliser autour de la gauche et devenir incontrôlable. Kevin Tessier n’est pas un « fou » ou une exception. Il est le produit d’un système.
Traitement médiatique
Depuis l’arrivée massive de travailleurs non-européens qui trouvent domicile dans les barres de HLM de la commune à partir des années 1970, Trappes est sans cesse ciblée par les grandes chaînes de médias bourgeois et les élus d’extrême droite, tantôt accusée d’être « régie par la loi islamique » (E. Zemmour 2022), plus tard désignée comme la « capitale européenne du djihad » (J. Bardella 2022).
Sans surprise, le meurtrier défendait les mêmes rengaines que CNEWS et Bardella. Pourtant ces chaînes et politiciens ne seront jamais tenus comme responsables – tandis qu’en face, les moindres violences des manifestations sont immédiatement attribuées à la France Insoumise.
La question du traitement médiatique est particulièrement intéressante car elle montre que loin d’être un simple résidu du passé, le racisme est activement entretenu par la bourgeoisie et ses instruments de propagande. Si le racisme n’était pas utile au système capitaliste, la classe dirigeante qui possède nos médias de masse serait parfaitement capable d’empêcher Éric Zemmour et Jordan Bardella de diffuser ouvertement leur idéologie raciste. On voit bien pourtant qu’en plus de ne pas être censurés, ils sont mis en devant de la scène médiatique.
De même, la bourgeoisie n’hésite pas à utiliser sa police pour réprimer violemment le rassemblement en soutien aux victimes de l’attentat de Trappes (26 octobre 2026), tandis qu’elle ne lève pas le petit doigt pour empêcher l’extrême droite de déambuler dans les rues de Lyon (30 octobre 2026). Si une manifestation de solidarité contre le racisme représente une menace suffisante à l’ordre établi pour y envoyer la police, il faut croire que ce n’est pas le cas des manifestations qui défendent le racisme. Quand il s’agit de défendre les intérêts capitalistes, il n’y a pas de problème à faire passer l’oppression comme une triste erreur de parcours mais la révolte contre l’oppression comme le pire des crimes.
Les intérêts derrière le racisme
Le fait est que le racisme a été construit par la bourgeoisie en essor pour justifier la colonisation, l’esclavage et briser l’unité des exploités de différentes origines. Et depuis, elle n’a eu de cesse de l’adapter selon ses besoins.
Aujourd’hui, dans l’impasse du capitalisme tardif, les bourgeois français tirent sur les mêmes ficelles pour rendre coupable les descendants Africains et Nord-Africains de la précarité qu’ils nous imposent eux-mêmes.
Si le français moyen n’a plus de quoi acheter de l’huile de cuisine, c’est la faute des musulmans qui ont fait des réserves pour le ramadan (CNEWS 2022), et pas des grands patrons qui organisent l’inflation sans indexer les salaires.
L’accumulation des richesses dans les mains d’une minorité crée le manque pour tout le reste, et diviser cette menaçante majorité sur les bases du racisme permet de lui faire détourner les yeux du responsable réel : la bourgeoisie.
Dans le contexte d’un mouvement aussi menaçant pour la classe dominante, les outils racistes sont un outil de choix pour diviser notre classe et éviter que la mobilisation ne prenne trop d’ampleur. On voudrait faire croire que la colère provient des « étrangers » et non de la révolte du peuple contre un système qui les abandonne. Comme toujours lorsqu’elle est en danger, la bourgeoisie ressort le vieux refrain de « l’ennemi de l’intérieur ».
Elle en profite pour menacer directement les immigrés ou enfants d’immigrés qui souhaitent prendre part au mouvement, qui peuvent se voir imposer une Obligation de Quitter le Territoire Français. De manière générale, le risque de répression est d’autant plus grand pour des travailleurs jeunes et racisés.
L’issue
Pour lutter contre le racisme nous devons tout d’abord dès à présent mettre en lumière les intérêts qui se cachent derrière toute cette propagande haineuse. Nos vies sont détruites par la bourgeoisie et notre émancipation ne pourra naître que de la lutte commune de la classe ouvrière dans son entièreté. Le racisme est un poison pour notre classe : il détruit des vies, des familles, sert à justifier notre mise en compétition et la plus violente exploitation de tous. Les travailleurs connaissent des conditions bien plus similaires entre noirs et blancs qu’avec les capitalistes de leur couleur de peau.
Ensuite, nous devons organiser notre classe pour lui donner confiance en ses propres forces et qu’elle prenne entre ses mains le contrôle de l’idéologie dominante et des moyens de protéger la population des crimes réactionnaires. Qu’elle brise définitivement les appareils de propagandes racistes que sont l’Etat et les médias, pour les remplacer par des institutions qui serviront réellement les intérêts de la majorité. Nous pourrions ainsi briser les préjugés à une échelle massive. Dans une société qui répond aux besoins de tous, nul besoin de justifier les privilèges des dirigeants par l’idéologie raciste.
Construisons une solidarité de classe contre l’instrumentalisation du racisme !
