À la fin de l’année 2025, le président de la République Emmanuel Macron annonçait la création d’un nouveau dispositif : le Service National (SN), entré en vigueur le 12 janvier 2026. Celui-ci vient s’ajouter aux formes d’engagement déjà existantes, notamment le service militaire volontaire (SMV). Le SN s’adresse aux jeunes de 18 à 19 ans. Il s’étend sur dix mois, durant lesquels les participants acquièrent un statut militaire.
Le premier mois est consacré à l’apprentissage du cadre militaire : discipline collective, marche au pas, chants, rituels. Il ne s’agit pas seulement d’une initiation technique, mais d’un processus d’intégration fondé sur l’obéissance, la violence et l’acceptation de la chaîne de commandement.
Pendant les 9 mois qui suivront, les jeunes seront affectés à une unité et accompagneront les militaires dans leurs missions sur le territoire national.
Le caractère prétendument volontaire du dispositif mérite d’être interrogé. Dans un contexte de précarité étudiante massive, le SN offre 800 euros mensuels, avec logement et nourriture pris en charge. Cette rémunération dépasse, pour une part importante des étudiants boursiers, les montants perçus dans l’enseignement supérieur, où la majorité ne touche que des aides faibles, et où seule une minorité bénéficie de l’échelon maximal. À cela s’ajoute la valorisation du SN comme « année de césure » et comme atout sur Parcoursup. Le gouvernement sait dans quel état de détresse se trouvent des couches de plus en plus importantes de la population. Comme cela a souvent été fait dans l’histoire, il instrumentalise la précarité pour regarnir les rangs de l’armée.
Il faut rappeler que les étudiants dans la précarité se voient au mieux attribuer une bourse à hauteur de 633€ par mois. Présenté comme tel, le SN offre une réelle perspective aux jeunes trop précaires pour poursuivre des études sans travailler à côté. Sans oublier que seulement 35,8% des étudiants sont boursiers, 31% de ces étudiants boursiers touchent 145,4€ par mois, là où 8% environ se voient attribuer la bourse de 633€ par mois. Si le SN est non obligatoire “en théorie”, il peut vite le devenir par nécessité économique.
Une « nécessité » : périls extérieurs et crise intérieure
Dans son discours de présentation, Emmanuel Macron invoque une « accélération des périls » et un « durcissement des menaces ». La France, dit-il, « ne peut rester immobile ». Cette rhétorique s’inscrit dans un contexte d’augmentation significative du budget militaire : plusieurs milliards d’euros supplémentaires, alors même que d’autres secteurs, notamment sociaux, subissent des restrictions.
La logique avancée est celle de la préparation : préparation à des conflits futurs, à l’instabilité internationale. Cette orientation ne peut être dissociée de la crise plus large du capitalisme mondial, marquée par l’intensification des rivalités inter-impérialistes, la faiblesse du capitalisme français et la concurrence accrue pour les ressources et les marchés.
Sur le plan externe, elle accompagne le repositionnement des puissances européennes dans un contexte de tensions internationales. Sur le plan interne, elle tend à produire une unité nationale qui masque les contradictions du capitalisme en crise : inégalités croissantes, précarité de la jeunesse, affaiblissement des services publics, perte de confiance dans les institutions…
L’objectif du discours sur la « nécessité », vise à présenter comme inévitables les sacrifices économiques et humains que devrait faire la classe ouvrière française pour les profits et pour les conflits impérialistes de nos capitalistes.
L’unité nationale contre la lutte des classes
Pour promouvoir le SN, Emmanuel Macron mobilise un registre valorisant : « la jeunesse, trésor de la France », jeunesse en quête de sens et d’engagement. Cette mise en scène contraste avec la situation concrète d’une génération frappée par la précarité matérielle, la sélection accrue dans l’enseignement supérieur, les restrictions budgétaires et la dégradation des conditions d’étude et d’existence. Un « trésor » célébré mais visiblement sacrifiable pour le profit des capitalistes français.
Le SN n’implique pas l’envoi immédiat de ces jeunes sur un front militaire. Il contribue cependant à percevoir cet horizon de guerre comme proche et acceptable. Emmanuel Macron aime tellement la jeunesse française qu’il est prêt à la sacrifier pour ses intérêts.
L’objectif affiché par le président est de « renforcer le pacte armée-nation » et de permettre aux Français de « comprendre ce qu’est notre armée ». Le SN est présenté comme une opportunité d’engagement civique et de cohésion nationale. Dans une période de montée de la lutte des classes, la bourgeoisie a besoin que ses représentants exaltent le sentiment d’appartenance à la « nation », où les antagonismes de classe doivent s’effacer derrière un intérêt commun supposé.
Le Service National de Macron n’est pas une simple mesure technique, c’est un instrument politique, qui répond aux besoins actuels du capitalisme français. Face aux tentatives du gouvernement d’instrumentaliser la précarité des jeunes pour ses intérêts, le mouvement ouvrier doit réagir, démonter l’illusion de l’unité nationale, de toute forme de service militaire comme du Service National Universel.
