Des violences généralisées dans le périscolaire
Ces derniers mois, plusieurs affaires d’agressions sexuelles sur des enfants en temps périscolaire – à savoir les temps d’accueil des enfants à l’école le matin, le midi et le soir – ont fait scandale, en particulier à Paris. Ces temps périscolaires sont effectués par des animateurs recrutés par les collectivités locales, comme les mairies, ou par des associations.
En réponse à la pression des parents, en ce début d’année 2026, ce ne sont pas moins de 78 agents qui ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 à cause de suspicions de violences sexuelles.
La colère qu’a engendré le récit public de ces agressions, qui pour certaines datent de plusieurs années, a même poussé le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, à faire une partie de sa campagne municipale dessus. Celui qui « souhaite prendre le problème à bras le corps » a annoncé une flopée de mesures chocs : un plan à 20 millions d’euros, une « transparence totale » auprès des parents d’élèves, une formation préventive sur les violences faites aux mineurs pour tous les agents de la ville, et une « Convention citoyenne sur le périscolaire et les temps de l’enfant ».
Si ces mesures sont séduisantes sur le papier, elles ont aussi l’allure du déjà-vu et le goût amer de la belle promesse électorale, qui trop souvent se révèle complètement creuse.
Surtout, on peut se demander si elles sont réellement à la hauteur de la gravité des violences, et de leur ampleur. En 10 ans, plus d’une centaine d’affaires de violences dans le cadre périscolaire ont été médiatisées partout en France : à Paris, Marseille, Montpellier… Et cela ne représente que la partie émergée de l’iceberg : ces violences sont généralement passées sous silence.
Mais alors, comment en arrive-t-on à ce que les violences envers les enfants soient généralisées, au sein même des institutions qui sont censées les protéger ?
Le mépris des capitalistes pour nos enfants
Déjà parce que le capitalisme est un système prédateur qui impose des rapports de dominations entre les personnes, rapports dans lesquels les enfants se retrouvent tout au bas de l’échelle, incapables de se défendre. Il n’a aucun intérêt à mettre les moyens de protéger cette population, pire encore, il tire des intérêts commerciaux à sexualiser leurs corps, à créer des fantasmes pédocriminels et des idéaux de beauté qui valorisent une jeunesse éternelle impossible. Logiquement, se construit en face de cela une impunité systémique qui protège les agresseurs, comme nous le rappelle l’affaire Epstein. En France, seulement 3 % des plaintes pour viols sur enfants seraient condamnées judiciairement.
Ensuite, parce que les services périscolaires sont effectués dans des conditions effroyables, qui ne font qu’illustrer le peu de considération qu’ont nos dirigeants envers nos enfants.
Au service de la précarité
Le sous-effectif chronique, la précarité et l’absence de formation des professionnels qui s’occupent des enfants pendant les temps périscolaires sont les principales caractéristiques d’un service dont l’objectif officiel est de prolonger « le service public de l’éducation ».
Un vœu pieux face à la réalité sur le terrain, qui, encore une fois, n’a rien à voir avec leurs belles promesses. À l’heure actuelle, les services périscolaires tournent grâce à des salariés ultra précaires ; souvent des étudiants qui peinent à boucler les fins de mois et qui n’ont pas le choix que d’accepter de travailler dans ces conditions. Leurs employeurs en sont bien conscients et exploitent cette main d’œuvre bon marché jusqu’à l’usure ou l’accident.
Dans ce contexte, pas étonnant que les organismes de périscolaire peinent à recruter durablement des agents. Les salariés tournent très régulièrement, rendant difficile une continuité pédagogique pour les enfants et la construction d’équipes solides et expérimentées. Les employés ne sont donc pas réellement formés aux besoins des enfants, mais sont soumis à une pression constante pour donner une “bonne image” auprès des parents.
Pour “boucher les trous” dans leurs effectifs, certaines mairies embauchent massivement des vacataires et les déplacent sans arrêt d’école en école en fonction des besoins les plus urgents.
Les mauvaises conditions de travail, en particulier le sous-effectif, ont un impact très important : garantir la sécurité des enfants relève parfois du miracle ! Autant dire que mettre en place des activités véritablement pédagogiques est une mission impossible ! Elles exigent du temps de préparation (non rémunéré) et des compétences qui ne s’improvisent pas.
La violence de l’État capitaliste
Face à cela, de plus en plus d’animateurs se mettent en grève et dénoncent le « double discours » des mairies qui promettent d’assurer la sécurité des enfants mais qui, dans les faits, suppriment de plus en plus de postes et précarisent les animateurs.
En théorie, quelques réformes suffiraient à améliorer les conditions de travail des agents du périscolaire, et donc la vie de nos enfants. Mais la réalité est plus complexe. Et touche à l’ensemble de notre système économique et social.
L’État capitaliste a besoin d’un service scolaire et périscolaire minimal, qui fonctionne juste assez bien pour libérer les parents de la charge de l’éducation de leurs enfants afin qu’ils puissent aller travailler. Tant que les travailleurs et les travailleuses font tourner la machine à profit pour les capitalistes, il n’y a aucune raison de se préoccuper du sort de leurs enfants.
En temps normal, l’omerta règne. Les institutions semblent prises “d’amnésie” face aux multiples signalements de comportements violents envers des enfants dans le cadre périscolaire ou scolaire. Les collectivités locales, par exemple, ont une fâcheuse tendance à déplacer le problème : les animateurs “problématiques” sont envoyés dans d’autres écoles. Et si, dans le meilleur des cas, une sanction tombe, elle arrive beaucoup trop tard, après de multiples récidives d’agressions le plus souvent.
Lorsqu’un scandale éclate et ne cesse de prendre de l‘ampleur, l’État et ses institutions sont forcés, afin de garder une image présentable, de reconnaître des mauvaises pratiques de la part de certains fonctionnaires, de promettre une sanction judiciaire ou une mesure de prévention.
Dans le cas de l’affaire Bétharram, le scandale a pris une telle ampleur qu’une proposition de loi pour « prévenir et lutter contre les violences à l’école » a été faite, pour dévier la colère populaire dans les rouages parlementaires. Si tant est qu’elle soit adoptée, cette loi ne fera que reconnaître les violences mais n’apportera jamais de vraie solution au problème. Dans la même veine, deux députés ont proposé une loi « Reconnaissance des métiers du lien » qui permettrait, entre autres, de payer un temps plein aux animateurs.
Sauf que nous ne vivons pas dans une période de pleine croissance, où les profits sont nombreux et accessibles, et où l’État capitaliste pourrait mener des réformes sociales pour acheter la paix entre les classes.
Nous vivons dans une époque de crises, de plus en plus profondes et fréquentes, où pour augmenter les profits de quelques-uns, il faut attaquer encore plus violemment la majorité déjà exploitée. D’où les politiques d’austérité budgétaire, et la dégradation conséquente des services publics. D’où le fait également, que les projets de lois qui tendent à améliorer les conditions de travail, même un tout petit peu – comme la proposition de temps plein pour les animateurs – soient immédiatement enterrés.
Même dans le cadre de lois censées protéger les mineurs, on voit derrière que les institutions laissent les pédocriminels impunis, de la même manière que le système judiciaire est incapable d’apporter une réponse satisfaisante aux violences sexistes et sexuelles. Pire, ces violences font partie intégrante du système capitaliste et y sont largement propagées. Quelques réformes ne suffiront pas à changer cela.
Comment lutter face à des institutions complices ?
Ce qu‘Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, omet volontairement de préciser, c’est à quel point la sécurité et le bien-être de nos enfants ne sont que le cadet des soucis de la mairie de Paris, de toutes les autres collectivités et, à travers elles, de l’État français. Et que cela ne devient une préoccupation que lorsque l’État et ses institutions se heurtent violemment à la contestation et la grève des travailleuses et des travailleurs qui font tourner la société. Car lorsque les salariés se mettent en grève, les profits s’arrêtent et les capitalistes se sentent immédiatement menacés !
Récemment, de plus en plus de mobilisations ont lieu pour dénoncer les violences scolaires et périscolaires. Des collectifs de parents se sont fondés pour se faire entendre, comme SOS périscolaire et #MeTooEcole. Et les agents du périscolaire se mettent en grève pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer des moyens humains et financiers.
Parents, agents et enseignants, avec les connaissances et les compétences les plus avancées sur le soin des enfants, pourraient travailler ensemble à organiser des écoles qui prendraient en compte la parole des enfants, agiraient contre les violences et même les préviendraient.
Mais pour cela, il faut construire un rapport de force ! Les syndicats peuvent amener la lutte à un niveau supérieur. Cette lutte ne devrait pas s’arrêter au seul service périscolaire, mais à l’entièreté de l’éducation et même au-delà : aux services publics dans leur ensemble et à une remise en question de comment la société traite les enfants ! La protection de nos enfants est un sujet profondément politique. Les revendications doivent être à la hauteur de l’enjeu !
