Le 7 janvier 2026, à Minneapolis, Renee Nicole Good, mère de trois enfants, a été abattue par un agent de l’ICE (police fédérale de l’immigration aux États-Unis). Les faits, filmés sous plusieurs angles, montrent un agent s’approchant de sa voiture avant de lui tirer dessus à trois reprises à bout portant, puis quitter les lieux en l’insultant, sans qu’aucune assistance médicale ne soit immédiatement apportée.
Cet assassinat, loin d’être un fait isolé, s’inscrit dans une séquence d’actions répressives menées par l’ICE sous l’administration Trump, qui déploie massivement des agents fédéraux pour intimider, arrêter, traquer et terroriser les communautés immigrées.

En quelques mois, ce sont des dizaines de personnes qui ont été arrêtées sous la menace des armes, plusieurs ont été blessées par balles et au moins quatre autres ont été tuées lors d’opérations similaires.
Pourquoi une telle onde de choc ?
Pourtant, c’est cet assassinat précis qui a déclenché une vague de colère et de mobilisations massives à travers le pays. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?
La figure de Renee Good a joué un rôle central dans l’embrasement qui a suivi : femme blanche, mère de 40 ans, elle ne correspondait en rien à l’image du « criminel étranger dangereux » que Trump et la droite réactionnaire instrumentalisent pour justifier leurs politiques. Son meurtre, filmé et largement diffusé, est apparu comme l’expression la plus brute et la plus assumée de cette violence d’État. Il est devenu un point de cristallisation de la colère accumulée.
Dans l’heure qui a suivi les faits, l’administration Trump — du secrétaire à la Sécurité intérieure jusqu’au vice-président — a tenté d’inverser les responsabilités, qualifiant Renee Good de « terroriste domestique » et présentant son assassinat comme un acte de « légitime défense ».
Une violence assumée
Sous Obama comme sous Biden, le nombre de déportations était globalement comparable à celui observé sous Trump. Dans tous les cas, l’État capitaliste persécute et terrorise les travailleurs immigrés afin de faire pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de l’ensemble de la classe ouvrière.
La différence fondamentale ne réside donc pas dans le volume des expulsions, mais dans la méthode et la mise en scène. Là où les démocrates cherchent à expulser les immigrés aussi discrètement que possible, Trump fait le choix de la violence visible, spectaculaire et assumée.

L’objectif n’est pas seulement d’expulser, mais de détourner l’attention de l’effondrement des conditions de vie de larges couches de la classe ouvrière. Cette crise mine aujourd’hui le socle de popularité de Trump et fracture son propre camp. En érigeant les travailleurs immigrés en boucs émissaires, il tente de masquer la crise profonde du capitalisme et les attaques contre les droits sociaux.
Mais en jouant ainsi avec la répression, la classe dirigeante finit inévitablement par provoquer des explosions sociales.
Les mobilisations
L’indignation suscitée par la mort de Renee Good a donné lieu à des centaines de rassemblements à travers le pays, mobilisant des dizaines de milliers de personnes contre l’ICE et la politique répressive du gouvernement fédéral. Des veillées massives à Minneapolis aux manifestations spontanées dans plusieurs grandes villes, cette colère populaire rappelle, à bien des égards, le mouvement Black Lives Matter de 2020.

Cette comparaison pose immédiatement une question centrale : comment la classe ouvrière américaine doit-elle réagir ?
La première leçon à tirer de BLM est celle de l’organisation. Sans structures nationales, démocratiques et combattives, la colère populaire est condamnée à s’épuiser ou à être récupérée. Il est également indispensable de rompre avec les directions molles ou ouvertement réactionnaires qui désorganisent les luttes et finissent par les trahir.
Les syndicats sont ici en première ligne. Ces derniers mois, des travailleurs syndiqués ont été directement visés par la répression de l’ICE. Pourtant, face à ces attaques, les directions syndicales sont restées largement passives.
Les travailleurs américains doivent se débarrasser des directions de droite dans les syndicats, reprendre le contrôle de leurs organisations et transformer à nouveau ces outils en instruments de lutte, capables de défendre l’ensemble de la classe ouvrière, sans distinction de nationalité. Les syndicats devraient mobiliser les travailleurs afin d’organiser des comités d’autodéfense dans chaque quartier et sur chaque lieu de travail ciblé par l’ICE. Ces comités pourraient convoquer des assemblées générales, élire des directions démocratiques et coordonner la lutte pour chasser l’ICE.
Les États-Unis possèdent une riche tradition de résistance ouvrière, des grèves des Teamsters de Minneapolis en 1934 aux mobilisations contre la guerre et le racisme, qui démontre qu’une classe organisée peut faire reculer la violence de l’État et de sa police.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de condamner l’assassinat de Renee Good, mais de construire une force capable de repousser l’ICE, de défendre les travailleurs immigrés et de s’attaquer aux racines capitalistes de cette répression.
Comités d’autodéfense des travailleurs dans tous les lieux de travail et dans tous les quartiers !
ICE hors des quartiers, hors du pays !
