Les Forces Démocratiques Alliées (ADF), une milice islamiste ougandaise, ont de nouveau tué 25 personnes le 24 janvier 2026 dans des villages du Nord-Kivu, la région la plus riche en minerai de la République Démocratique du Congo (RDC). Les civils continuent de payer le prix fort des appétits des classes dirigeantes régionales et internationales, qui financent des milices armées au service de leurs intérêts miniers.

Fin janvier 2025, c’était le Mouvement du 23 mars (M23), une milice principalement armée par le Rwanda, qui prenait le contrôle des deux plus grandes villes du Nord-Kivu, Goma et Bukavu, en massacrant au passage des milliers de Congolais et Congolaises.
L’histoire récente de la RDC, aussi connue sous le nom de Congo-Kinshasa, est celle d’un territoire ravagé par les puissances impérialistes occidentales. Pendant plus d’un siècle, ces dernières ont pillé sauvagement ces ressources : caoutchouc, or, coltan, cobalt, cuivre, diamant, uranium… Et les rapaces impérialistes continuent toujours d’exploiter ces minerais et de massacrer sa population en finançant des guerres de pillage. Les atrocités perpétrées sur les Congolais et Congolaises ont atteint des sommets dans l’horreur : viols de masse, enfants soldats utilisés comme kamikazes, cannibalisme… Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on estime que c’est la guerre qui a été la plus meurtrière, faisant plus de 6 millions de morts (dont la moitié seraient des enfants), auxquels il faudra ajouter ceux des fosses communes encore cachées. Sous couvert de l’ONU, les capitalistes occidentaux n’ont jamais cessé de bouger leurs pions pour se tailler la part du lion en RDC, quitte à financer des génocidaires.
La colonisation belge
Tout commence en 1885 par « l’achat » du territoire de la RDC et de sa population, composée de plusieurs centaines d’ethnies différentes, par le roi de Belgique Léopold II. Les colons réduisent alors la population en esclavage pour la production du caoutchouc et maintiennent leur domination par la terreur : c’est le règne des mains coupées. Ils vont aussi asseoir leur pouvoir en attribuant des qualités arbitraires à certaines ethnies, et en diabolisant d’autres afin de mieux les diviser. C’est ainsi que la population Luba fut privilégiée par les officiers belges, dans le seul but d’utiliser ses soldats pour écraser la rébellion des Batetela à Luluabourg (actuel Kananga) en 1895. C’est un stratagème que les colons occidentaux utilisèrent à de nombreuses reprises, pour briser la résistance des opprimés, comme au Rwanda et au Burundi, où ils attisèrent la haine entre Hutus et Tutsis, allant même jusqu’à ancrer dans la gouvernance de la colonie la soi-disant « supériorité de la race Tutsi sur la race Hutu ». Au Rwanda, la haine entretenue par les colons entre le groupe ethnique majoritaire Hutu et celui minoritaire Tutsi, devenue institutionnelle, conduira au génocide d’au moins un demi-million de Tutsis et d’Hutus modérés par les Forces Armées Rwandaises (dominées par les Hutus et les milices Interahamwe) soutenues par la France, en 1994.
En 1908, le territoire cesse d’être la propriété privée de Léopold II et devient une colonie belge qui s’ouvre au libre marché. Autrement dit, le monopole de la puissance impérialiste belge sur les richesses de la RDC est brisé sous la pression des autres impérialistes occidentaux qui veulent eux aussi leur part du gâteau.
Lumumba, le visage de l’indépendance
Par la suite, la montée en puissance du mouvement indépendantiste mené par Lumumba va forcer l’impérialisme belge à céder le contrôle direct du pays. Les idées de Lumumba résonnent fortement dans la jeunesse congolaise et au-delà : « Les aspirations des peuples des pays coloniaux sont identiques, leurs destins sont similaires et les objectifs qu’ils poursuivent dans leur développement national sont les mêmes : la libération de l’Afrique du joug du colonialisme. L’Afrique ne sera jamais libre et indépendante si une partie d’elle reste sous domination étrangère. » Les impérialistes belges semblent capituler officiellement en 1960, en accordant à la RDC son indépendance. Ils cherchent alors à créer un État fantoche au service de leurs intérêts commerciaux.
Mais les idées nationalistes et anti-impérialistes du Premier ministre nouvellement élu, Lumumba, déplaisent fortement aux États impérialistes. Face à la politique de sanctions des USA, Lumumba est contraint de solliciter l’aide de l’URSS. Il prend alors un tournant à gauche dans son discours : « Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux », et signe définitivement son arrêt de mort. En 1961, la classe dirigeante belge, soutenue par la CIA, va orchestrer un coup d’État mené par le chef d’État-major Mobutu, qui va faire assassiner Lumumba.
Mobutu au service des impérialistes
Le régime dictatorial de Mobutu va d’abord être très apprécié par les USA et les autres impérialistes car il représente un îlot de stabilité anticommuniste dans la région, au moment même où l’URSS soutient la jeune République populaire du Congo voisine, ainsi que les guerres d’indépendance du Soudan, de l’Angola et du Mozambique.
Mobutu et les capitalistes occidentaux vont former une alliance de gangsters de choc très efficace pour piller les richesses de la RDC, alors nommée Zaïre. Tandis que la plus grande entreprise minière du pays, Gécamines, gérée par une société belge, enregistre des profits records, le gouvernement Mobutu est généreusement récompensé par les capitalistes occidentaux. En 30 ans de pillage, Mobutu a accumulé une fortune de plus de 4 milliards de dollars, tandis que pour le reste de la population congolaise, le pouvoir d’achat est tombé à moins de 4 % de ce qu’il était en 1960. Tout cela sans compter le soutien militaire indéfectible des États-Unis à Mobutu pour écraser toute forme de résistance, à mesure que l’opposition de masse montait contre son régime.
En 1977, l’alliance des capitalistes avec Mobutu subit un premier revers lorsqu’il fait nationaliser massivement les entreprises minières étrangères pour freiner l’impact de la crise économique, aggravée par les plans d’austérité imposés par le Fonds Monétaire International (FMI). Par la suite, Mobutu ne va faire qu’enfoncer le pays dans une crise toujours plus grande. Son régime est si corrompu qu’il empêche le fonctionnement capitaliste normal, au grand dam des sociétés minières américaines et canadiennes. En plus de cela, Mobutu est profondément détesté par les masses. Les impérialistes vont alors, comme toujours, choisir la voie de la stabilité. Les États-Unis, en position hégémonique depuis la fin de la guerre froide, vont miser sur un autre pion dans leur politique de la terre brûlée : Laurent-Désiré Kabila.
Le génocide rwandais et la première guerre du Congo 1996-1997
En juillet 1994, après le génocide des Tutsis au Rwanda, les soldats Tutsis du Front Patriotique Rwandais (FPR), dirigés par Paul Kagame, vont prendre le pouvoir au Rwanda et faire fuir les anciens génocidaires Hutus ainsi que plus de deux millions de réfugiés vers le Zaïre. En 1996, les FPR vont se joindre à une nouvelle coalition : l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL). Cette coalition de généraux rwandais, ougandais, angolais et de rebelles congolais (dont un certain Kabila), opposés à Mobutu, va déclencher la première guerre du Congo. Elle est orchestrée par les États-Unis qui possèdent plusieurs régimes à leurs bottes dans la région, notamment celui de Paul Kagame au Rwanda. Sous couvert de punir les anciens génocidaires Hutus rwandais et de libérer le Zaïre de son dictateur, l’AFDL a traversé le deuxième plus grand pays d’Afrique en seulement 8 mois, en traquant et en massacrant des centaines de milliers de réfugiés Hutus rwandais, presque sans rencontrer de résistance tant les masses congolaises étaient soulagées de voir arriver la fin du règne de Mobutu.
Quant à l’ONU, elle a agi une fois de plus comme le prolongement de la politique impérialiste : ses casques bleus, comme pendant le génocide du Rwanda, se sont contentés de regarder le massacre des civils. Le gouvernement américain avait grand besoin de faire passer cette guerre pour un conflit entre Congolais pour la libération du Zaïre, et non pas pour ce qu’elle était réellement : un conflit mené par des puissances impérialistes au nom du profit, quitte à ce que le Zaïre soit annexé à un pays voisin plus stable et sous leur contrôle.
La deuxième guerre du Congo 1998-2003
Les forces de l’AFDL prennent le contrôle de Kinshasa et en chassent Mobutu en mai 1997. Devenu président autoproclamé du Zaïre, qu’il renomme République Démocratique du Congo, Kabila représente surtout l’espoir des impérialistes d’un retour à la stabilité et donc à la croissance de leurs profits. Mais leurs plans vont être contrariés. Les principaux soutiens du nouveau gouvernement sont les troupes ougandaises et rwandaises, ce qui fait passer Kabila pour un agent des puissances étrangères aux yeux des masses d’une part, et d’autre part les dirigeants rwandais et ougandais veulent effectivement leur part des ressources de la RDC et ne s’en cachent pas.
Kabila doit s’en débarrasser au plus vite pour pouvoir gouverner, il congédie donc ses alliés rwandais et ougandais, ce qui va marquer le début de la seconde guerre du Congo au Kivu dès 1998, dans laquelle pas moins de 9 pays africains vont être impliqués. Ces pays sont soutenus par plusieurs puissances occidentales, qui espèrent récupérer discrètement la plus grande part du gâteau. De manière à masquer toute implication directe dans les massacres, le gouvernement américain soutient financièrement les gouvernements rwandais et ougandais pour qu’ils arment des factions de rebelles congolais, tels que le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD). Kabila, quant à lui, est soutenu par les dirigeants du Zimbabwe, de Namibie et d’Angola, auxquels il a promis une part des richesses de la RDC.
Kabila et sa tentative de socialisme dans un seul pays
Il faut dire que Kabila va continuer de fâcher tout rouge les capitalistes occidentaux par sa politique nationaliste et son admiration pour la Chine.
Il va tenter de développer une économie nationale inexistante et de rafistoler un pays en ruines. Pour cela, Kabila va mettre en place un plan triennal pour augmenter la production agricole notamment, et il va nationaliser l’industrie aurifère. Ce fut une grande victoire pour les Congolais de pouvoir enfin reprendre une partie de la principale industrie du pays aux mains des impérialistes.
Cependant, cette mesure – comme toutes les autres prises par Kabila – s’est faite au détriment de la participation des masses. Les travailleurs et les paysans se sont vus imposer le plan triennal, sans aucun contrôle sur sa mise en pratique. Par conséquent, ce plan, censé développer une économie nationale inexistante, n’ira guère plus loin que la nationalisation de l’industrie aurifère.
En réalité, Kabila était un « socialiste » qui ne voulait pas de révolution socialiste, au sens où il n’a jamais souhaité la prise de pouvoir des travailleurs et paysans congolais, ni même la planification démocratique de l’économie. En bon bureaucrate qui se respecte, il n’a fait que défendre ses propres intérêts par le biais de réformes qui limitent quelque peu le vol des richesses par des puissances étrangères, et permettent tout juste à la population de survivre.
On retrouve chez Kabila, dans ses appels à la révolution démocratique et dans ses réformes économiques, des éléments de la théorie stalinienne du « socialisme dans un seul pays », mais cette dernière est profondément erronée. Elle fait l’impasse sur l’essentiel : la révolution des masses dirigées par un parti révolutionnaire défendant un programme socialiste, leur prise de pouvoir jusqu’à la tête de l’État et la planification démocratique de l’économie.
Même dans le cas où Kabila aurait poussé ses réformes plus loin, jusqu’à l’expropriation des capitalistes, le faible niveau de développement de l’économie et son isolement sur la scène internationale l’auraient laissé complètement à la merci des grandes puissances impérialistes, et dans une moindre mesure des États capitalistes voisins.
Pour espérer surmonter toutes ces difficultés, il aurait fallu, d’une part, la prise de pouvoir des travailleurs en RDC et une véritable planification de l’économie à tous les niveaux, d’autre part, le soutien économique et militaire d’autres États ouvriers dans le monde ainsi qu’une lourde défaite infligée aux grandes puissances impérialistes.
Au final, le régime militaire de Laurent Kabila – qui prend fin en 2001 lorsqu’il est assassiné dans des circonstances troubles rappelant fortement les méthodes de la CIA – est surtout marqué par la répression politique, et par un changement d’alliances, qui va donner à de nouveaux capitalistes le permis de pillage des minerais de la RDC.
La société capitaliste, une horreur sans fin
Après sa mort, son fils, Joseph Kabila, lui succède immédiatement et va prendre des mesures ultralibérales en faveur des multinationales, dont il sait que sa propre survie politique dépend. En 2002, un premier accord de paix est signé, permettant aux anciens criminels de guerre d’intégrer le nouveau gouvernement en toute impunité. La nouvelle « paix » est rythmée par des « élections » truquées pendant lesquelles la jeunesse révoltée est abattue par les soldats ou enlevée par la police. Les milices armées étrangères et les milices Maï-Maï, issues de la division de l’armée congolaise (FARDC), pullulent et s’affrontent pour le contrôle des gisements miniers.
Les milices passent aussi régulièrement des villages entiers au fil de la machette. Et lorsque des villageois terrorisés viennent solliciter l’aide et la protection des casques bleus, l’ONU se contente de prendre des notes. La population congolaise a alors constitué ses propres milices de défense, mais elles ne parviendront pas à rivaliser avec les milices financées par les impérialistes.
À l’heure actuelle, plus de 120 milices armées sévissent toujours. La RDC reste le 7ème pays le plus pauvre au monde, alors que ce territoire concentre 70 % des réserves mondiales de coltan. Plus de 23 millions de personnes font face à la famine tandis que les impérialistes continuent de piller ses ressources, notamment ses gisements en or, en diamant et en cobalt dont la valeur est estimée à 24 milliards de dollars. Face à la perspective de profit que cela représente, la vie d’un Congolais ou d’une Congolaise n’a plus aucune valeur pour les capitalistes.
Aujourd’hui, la succession de crises qui secouent l’économie mondiale rend encore plus précieux les minerais de la RDC, en particulier le coltan et le cobalt utilisés pour la production de batteries et d’électronique. La RDC est déchirée entre les puissances impérialistes, la Chine et la Russie rivalisant désormais avec les États-Unis pour le contrôle du territoire. Les puissances régionales ne sont pas en reste, comme en témoigne la recrudescence d’attaques en RDC dirigées par le gouvernement rwandais, via la milice du M23. Les conditions pour le déclenchement d’une nouvelle guerre régionale sont de nouveau réunies, une simple allumette pourrait embraser tout le territoire.
Dans ce contexte, les réformes pour la « paix » menées par l’actuel président de la RDC, Tshisekedi, ne sont qu’hypocrisie. Derrière les grands discours se négocient, dans l’arrière-cour des bourgeoisies, le fruit de l’exploitation des ouvriers, des paysans et des enfants congolais, qui n’en verront jamais la couleur. Tshisekedi ne reconnaît d’allégeance qu’à sa propre classe, la bourgeoisie capitaliste. Il n’est, en réalité, que le laquais des grandes puissances capitalistes, et agit comme tel. Comme bon nombre de dirigeants africains bourgeois, il négocie les richesses produites par sa classe ouvrière sur le marché capitaliste mondial, en espérant en tirer un maximum de profit. Son gouvernement n’a donc aucun intérêt à mettre fin à la misère et à la violence qui règnent en RDC.
Comment mettre fin aux massacres ?
Le capitalisme, tout comme son expression la plus crue, l’impérialisme, ne peut être réformé. En mars 1916, durant la première guerre mondiale, la direction du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (POSDR) écrivait la résolution suivante : « Tant que les fondations du présent, c’est-à-dire tant que les relations sociales bourgeoises restent intactes, une guerre impérialiste ne peut que mener à une paix impérialiste, et à une plus grande oppression des pays les plus pauvres par le capital financier, qui a cru dans de gigantesques proportions non seulement avant la guerre mais aussi pendant la guerre ».
Si la RDC ne peut connaître la paix sous le capitalisme, alors ce système doit être renversé. Seule la socialisation des moyens de production entre les mains des travailleurs et l’expropriation des capitalistes peut mettre fin aux souffrances des Congolais et des Congolaises.
Les travailleurs et les paysans congolais ne peuvent rien attendre de Tshisekedi ou de ses sosies. Mais alors, sur qui peuvent-ils compter ? Sur leurs propres forces ! Et celles du prolétariat mondial !
Si les guerres en RDC ont pu démontrer quelque chose, c’est bien l’interdépendance des États capitalistes, mais également la connexion des travailleurs et des travailleuses du monde entier. Dans la lutte pour se débarrasser des impérialistes, les alliés des mineurs congolais sont les travailleurs rwandais mais aussi les travailleurs américains, qui sont eux aussi exploités par leur classe dirigeante.
Pour les travailleurs et les paysans congolais, le combat est double : la libération de la RDC du joug de l’impérialisme et le développement des forces productives, de manière à pouvoir soutenir une économie socialiste.
Ce combat, en vérité, est celui de tous les pays sous domination impérialiste. L’avènement d’une révolution socialiste au sein d’une économie capitaliste mondiale ne peut avoir d’avenir si elle se limite à des frontières nationales.
En RDC, l’issue de la révolution dépend, d’une part, de la construction d’une direction révolutionnaire porteuse d’un programme socialiste, et d’autre part, de l’affaiblissement de la politique impérialiste par l’intensification de la lutte de la classe ouvrière au coeur même des grandes puissances impérialistes. Les travailleurs et les travailleuses sont plus que jamais liés dans la lutte contre un système capitaliste mondial.
Les conditions d’une explosion de la lutte des classes sont réunies, à des degrés divers, partout sur le globe. La rapidité de la propagation du printemps arabe en 2011 donne un aperçu de l’ampleur que pourrait prendre une vague révolutionnaire en Afrique subsaharienne, sous les effets conjugués de l’accumulation de colère contre les impérialistes, les gouvernements corrompus et la crise économique.
La récente révolte de la jeunesse kényane donne le ton. L’avenir des Congolais et des Congolaises se joue dans l’arène politique, celle de la lutte des classes.
